Seule une minorité de vêtements commercialisés en France affiche une fabrication réellement européenne, malgré des réglementations strictes sur l’étiquetage d’origine. Christine Laure figure parmi les rares enseignes à maintenir une production partiellement localisée en Europe, alors que la majorité des acteurs misent sur l’Asie pour optimiser leurs coûts.Certains choix industriels, motivés par la proximité et la qualité, s’imposent face à une concurrence mondiale intense. Cette orientation implique des processus de fabrication spécifiques, un contrôle accru et des partenariats durables avec des ateliers sélectionnés.
Pourquoi le made in Europe séduit de plus en plus dans la mode
La mode féminine n’a jamais eu peur de changer de cap. Christine Laure, née en 1961, navigue aujourd’hui sur un marché de l’habillement en pleine mutation : montée des coûts, secousses sanitaires, vigilance grandissante des clientes. La marque, solidement implantée en France, revoit ses méthodes, ajuste ses stratégies et prend le virage d’une production plus responsable.
Le made in Europe s’est imposé comme une véritable exigence pour celles qui veulent savoir ce qu’elles portent. On ne parle plus de simple promesse : aujourd’hui, ce label pèse dans la décision d’achat. Traçabilité sans faille, ateliers à taille humaine, règlementations sociales et environnementales respectées à la lettre, voilà ce qui compte. La proximité des ateliers n’est pas un argument marketing de plus : c’est une preuve que la marque maîtrise sa chaîne, du fil au cintre.
En France et ailleurs sur le continent, la filière textile reprend du souffle. Les enseignes s’adaptent, réinventent leurs collections, insufflent de la modernité à chaque nouvelle ligne proposée. Pour illustrer ce renouveau, voici ce qui caractérise cette évolution :
- Basiques revisités, robes de cérémonie plus modernes, signatures stylistiques qui collent à l’air du temps.
Malgré la tendance à la délocalisation, certaines marques assument leur ancrage local, Christine Laure en tête. Secouée par la crise sanitaire et les transformations du secteur, la griffe opère une mue : collections renouvelées, style plus affirmé, politique tarifaire réajustée. Le virage digital est bien là : le site e-commerce représente désormais près de 10 % du chiffre d’affaires début 2025. Les attentes évoluent : ce que les clientes recherchent, c’est avant tout de la qualité, de l’éthique, de la clarté. Le made in Europe devient une revendication concrète, loin des effets d’annonce.
Quels sont les véritables enjeux derrière la fabrication locale des vêtements ?
Opter pour une production locale, c’est miser sur la cohérence et la responsabilité. Secouée par la crise du Covid-19 et la volatilité du secteur, Christine Laure s’est vue contrainte de repenser ses fondamentaux. Le plan Horizon 2026 trace désormais le chemin : replacer l’humain, le territoire et la maîtrise au centre. 380 salariés, 61 millions d’euros de chiffre d’affaires, et chaque choix pèse.
Plusieurs axes guident cette transformation :
- Soutien à la filière textile française : valoriser les métiers, pérenniser l’emploi, renforcer les collaborations avec les ateliers européens.
- Réactivité et adaptation : raccourcir les délais, proposer des collections plus flexibles, répondre directement aux attentes d’une clientèle en quête d’authenticité et de fiabilité.
- Impact environnemental : réduire les transports, limiter l’utilisation des ressources, privilégier des procédés responsables.
L’essor du e-commerce, qui approche les 10 % du chiffre d’affaires, accentue cette transition. Les lignes basiques et la collection cérémonie évoluent, soutenues par une direction qui n’hésite pas à remettre en question ses anciens schémas. Les prix se redéfinissent, le style s’actualise : la marque ajuste son offre, fidèle à son héritage et résolument tournée vers l’avenir.
La fabrication locale va bien au-delà du simple critère géographique. Elle devient un outil pour anticiper les crises, pour instaurer une relation de confiance de l’atelier jusqu’au client final, et pour donner du sens à chaque vêtement produit.
Christine Laure : des ateliers européens au cœur de la production
Entreprise familiale, Christine Laure est menée par la famille Lasselin. À la barre, Jean-Marc Lasselin, président discret mais déterminé. Le siège social reste à Dijon, les racines plongent à Gray en Bourgogne, et cette identité locale irrigue encore l’ensemble du groupe. Aujourd’hui, la marque s’appuie sur un réseau d’ateliers répartis en Europe. Les expéditions lointaines appartiennent au passé : la production se concentre du Portugal à la France pour maîtriser chaque étape.
Les sites de fabrication se situent près des bassins historiques du textile. Entre les partenaires de production, les studios de création et la direction artistique, la rigueur domine : sélection exigeante des matières, patronages ajustés, contrôles qualité renforcés. Cette implantation stratégique permet un suivi constant de la chaîne, une flexibilité accrue et une gestion fine des stocks.
Pour mieux saisir l’ampleur de l’implantation de la marque, quelques données concrètes :
- 128 boutiques prévues en 2025, principalement en France pour un maillage territorial dense.
- Environ 200 revendeurs multimarques qui diffusent les collections.
- Ouvertures récentes à Royan, Soissons, Angers, Saintes, et prochainement à Aurillac.
L’offre cible d’abord une clientèle senior : vêtements conçus pour durer, coupes rassurantes, finitions minutieuses. La période récente a été difficile : l’entreprise a connu un redressement judiciaire à l’été 2024, validé par le tribunal de commerce de Dijon. Pourtant, la ligne directrice ne bouge pas : la relocalisation européenne reste un cap, sans sacrifier l’héritage. Adaptabilité, sérieux, transmission du savoir-faire : la production Christine Laure se transforme à l’échelle européenne, portée par une discrétion et une ténacité rares chez ceux qui traversent les tempêtes.
Zoom sur d’autres marques et initiatives qui font bouger l’industrie textile
La réindustrialisation textile ne s’arrête pas à Christine Laure. Partout en Europe, d’autres acteurs, parfois connus, parfois confidentiels, font évoluer les pratiques. Le made in Europe ne se contente plus d’être un argument : il répond concrètement à la fragilité des chaînes mondiales. Pour ces marques, la proximité des ateliers donne une flexibilité nouvelle et accélère l’innovation.
À Amsterdam, de jeunes labels repensent toute la filière avec des pratiques comme :
- Approvisionnement local, collections capsules limitées, transparence totale ouverte au public.
Sur les réseaux sociaux, des initiatives comme Chou, reconnue pour ses accessoires upcyclés, gagnent en visibilité. À New York, Victoria privilégie le circuit court pour ses capsules et expérimente l’intelligence artificielle pour gérer ses stocks de façon plus précise.
Au Royaume-Uni, Anthropologie joue la carte de l’alliance entre artisanat et digital, mêlant respect des traditions et innovations technologiques. Et dans les universités, la recherche prend le relais :
- Analyse des effets environnementaux, développement de nouveaux textiles, coopérations inédites entre ingénieurs et créateurs.
Les frontières entre ateliers s’effacent. Le textile européen puise ses références à Paris, Lyon, Roubaix, Rouen. Les idées circulent, les studios gagnent en agilité, l’engagement responsable prend de l’ampleur. Ces démarches, portées par des marques en mouvement, impriment un rythme nouveau à l’industrie.
La filière textile européenne, écartelée entre héritage et innovation, avance sans faiblir. Derrière chaque vêtement, il y a une histoire faite de choix, de transmission et de convictions. Autant de fils tirés qui dessinent, peu à peu, le visage d’une nouvelle ère pour la mode.


