
Buddy et Pat Camper, 1964 puis 2014. Cette année-là, entre mille projets, j’ai eu l’occasion de réaliser une robe qui me tenait à cœur. Un vêtement unique, pensé tout spécialement pour une personne chère.
C’était pour ma belle-mère.
Mon père et elle ont franchi le cap des 50 ans de mariage.
Ma mère, le jour de son mariage en 1964, dans une robe cousue par sa propre mère. Un héritage de savoir-faire et de passion.
Le cheminement créatif
Ma mère, qui me suit de près dans chacune de mes créations, rêvait depuis longtemps d’une robe sur-mesure signée Brooks Ann Camper. Son anniversaire de mariage était l’occasion idéale pour concrétiser ce projet.
Je me suis lancée dans la même démarche que pour mes autres clientes, en commençant par un questionnaire. Cette étape, ludique, permet de cibler les envies, de cerner le style, même lorsque la future propriétaire de la robe ne sait pas précisément ce qu’elle attend.
À travers ses réponses, j’ai compris que la cérémonie ne serait pas une grande fête mais un dîner intimiste : trois couples, réunis dans la Skybox du Tower Club de Dallas. Un moment simple, mais marquant.
Ma mère voulait un ensemble confortable, composé d’une jupe et d’un haut assortis, qu’elle pourrait facilement réutiliser séparément lors d’autres occasions. Elle avait trouvé des chaussures ornées de roses roses poudrées, qui allaient devenir le point de départ. Mon père, lui, lui avait offert une bague en or rose flambant neuve.
Pour affiner nos idées, j’ai ouvert un tableau Pinterest baptisé « For Pat ». Un espace où nous avons pu partager nos inspirations, chercher des pistes ensemble.
Peu à peu, le design s’est imposé de lui-même. J’ai photographié ma mère puis dessiné différentes propositions directement sur sa silhouette, une technique que j’aborde aussi dans mon cours en ligne Skirt Skills.
Ensuite, j’ai mis en forme une page web de présentation, comme je le fais pour mes clientes, afin de partager le croquis et les images qui nous avaient guidées :
Elle a tout de suite adhéré ! Seule réserve : elle trouvait que les roses autour du cou étaient trop présentes. Elle préférait une petite grappe de fleurs, discrète, placée sur un seul côté de l’encolure. J’ai noté cette envie et j’étais prête à passer à la prochaine étape.
La phase de prototype
Pour obtenir une base fidèle, j’ai utilisé toutes ses mesures afin de créer un mannequin à sa taille, que j’ai baptisé « Size Pat ». J’y ai ajouté des bandes de molleton, puis j’ai pu draper le patron directement sur cette forme.
À partir du patron fait main, j’ai cousu un prototype de la robe. Même si la question du tissu n’était pas encore tranchée, distance oblige, elle vit au Texas, moi en Caroline du Nord, je savais que la matière devrait être fluide et élégante. Le choix s’est porté sur un crêpe de Chine de soie pour la maquette.
Ce n’est pas courant de réaliser un prototype dans un tissu aussi noble, mais je voulais que l’essai reflète réellement le tombé du vêtement final. En optant pour la soie, j’espérais pouvoir réutiliser cette version comme doublure de la robe définitive. D’ailleurs, j’ai partagé cette technique sur mon blog et en vidéo.
Le pari était réussi : la maquette s’ajustait quasiment à la perfection.
Ma mère rayonnait dans ce premier essai.
Choix des tissus
Durant son passage chez moi pour l’essayage, nous avons filé chez Mulberry Silks & Fine Fabrics. On imaginait au départ une dentelle marine, peut-être, sur un tissu rosé en contraste… Mais, finalement, c’est un tout autre coup de cœur qui nous attendait.
Un twill de soie imprimé de grandes roses roses et grises a capté notre attention, impossible de détourner le regard. L’idée même d’un imprimé ne nous avait pas effleurées, mais ce tissu nous appelait, irrésistible.
Le choix était fait : l’imprimé servirait pour la jupe et les détails du haut. Pour la partie supérieure, un crêpe de soie argenté à quatre plis, parfaitement assorti à sa chevelure argentée, s’imposait.
La robe prend forme
Après un week-end mère-fille riche en complicité, l’atelier s’est animé. J’ai démonté le prototype pour en faire la doublure de la jupe et du chemisier. (Pour découvrir le procédé, il y a une vidéo dans cet article!)
Avant d’assembler les différentes parties, j’ai testé plusieurs façons d’intégrer le motif rose. Le projet avait évolué depuis le croquis initial : pourquoi ne pas utiliser les fleurs imprimées pour un appliqué ou, peut-être, ajouter des éléments en relief ?
Finalement, j’ai opté pour une délicate dentelle florale en finition sur les ourlets du chemisier, complétée d’un biais en tissu autour de l’encolure.
Rapidement, l’ensemble a trouvé son équilibre. La robe était prête.
Un anniversaire inoubliable
Sous la chaleur d’un soir d’été texan, toute la famille s’est réunie au sommet du Tower Club. Le dîner était raffiné, la conversation animée et, bien sûr, les tenues à la hauteur de l’événement. Quelques souvenirs capturés ce soir-là, où j’avais aussi cousu ma propre robe :


Le panorama était exceptionnel, tout comme les retrouvailles. Ce soir-là, les 50 ans de mariage de mes parents ont pris une dimension toute particulière. Leur duo fonctionne à merveille, chacun étant formidable seul, mais encore plus remarquable ensemble. Leur histoire inspire et me rappelle combien j’ai de la chance de les compter dans ma vie.
Créer cette robe, main dans la main avec ma belle-mère, restera pour moi un privilège. Si ce récit vous a touché, alors le défi est relevé.
Buddy & Pat, à tous les deux, bravo.











